Voici un extrait d'un texte du savant musulman Ibn Taymiyya. Il y explique que la foi, ou eman, n'est pas figée ; elle peut évoluer et se développer de diverses manières. Dans cet article, il examine huit aspects importants qui illustrent comment la foi peut croître ou décroître. Bien que tous les croyants partagent les mêmes croyances fondamentales , leur foi peut varier en intensité et en profondeur. Ces points nous permettent de comprendre comment la foi peut se transformer en fonction des actions, de l'apprentissage et du développement personnel.

Ceci est tiré de ses œuvres « Ibn Taymiyyah Expounds on Islam – Selected Writings of Shaykh al-Islam Taqi ad-Din Ibn Taymiyyah on Islamic Faith, Life, and Society compiled and translated by Muhammad 'Abdul-Haqq Ansari ».

Comprendre les niveaux de foi : principes et détails du Iman
Premièrement, la foi, ou iman, qui est prescrite, peut être comprise à deux niveaux : en principe et dans le détail. Quiconque croit en Allah et en Son Messager doit fondamentalement se soumettre à leurs commandements. Il est clair que les responsabilités des croyants n’étaient pas les mêmes au début de la révélation du Coran qu’à son achèvement.
De plus, les spécificités de la foi, telles que transmises par le Messager, diffèrent de celles présentées par tout autre individu. De même, celui qui connaît le Coran et la Sunna et les comprend pleinement aura une foi plus approfondie que celui qui n'a pas cette connaissance.
Si une personne a une foi sincère en Allah et en Son Messager mais décède avant d'avoir appris les détails de la Charia, elle meurt en respectant les obligations religieuses qui lui incombent. Naturellement, les spécificités de ce qu'elle est tenue de croire ou de ce qu'elle croit véritablement ne sauraient se confondre avec la foi de celui qui connaît les subtilités de la Charia, y croit et la met en pratique. La foi de ce dernier est plus complète, tant en ce qui concerne ce qu'il devrait croire que ce qu'il croit réellement.

Différencier les niveaux de foi : les impacts de la connaissance détaillée et de l'action
Deuxièmement, la distinction entre la foi en principe et la foi dans le détail s'applique également aux croyances réelles . On peut croire, en principe, à tout ce que dit le Messager et ne jamais rien nier, sans pour autant se soucier de connaître en détail ses paroles, ses commandements ou ses interdictions, alors même que l'acquisition de ces connaissances est un devoir. Cette personne n'acquiert pas ce savoir et ne le met pas en pratique ; elle suit plutôt ses propres préférences. Une autre personne s'efforce de comprendre les commandements du Messager et de les appliquer, tandis qu'une troisième cherche à les connaître, y croit, mais ne les met pas en pratique.
Tous ont la responsabilité de connaître les enseignements du Messager. Cependant, celui qui acquiert une connaissance approfondie et la met en pratique possède une foi plus parfaite que celui qui reconnaît ses devoirs, y croit, s'y engage, mais ne les accomplit pas tous. Celui qui croit aux enseignements du Messager, mais commet des péchés , les reconnaît et craint le châtiment d'Allah, vaut mieux que celui qui ne cherche ni à apprendre ni à mettre en pratique les enseignements et ne craint pas le châtiment de ses péchés. Ce dernier ignore en réalité les enseignements du Messager, même s'il croit en la prophétie et la confesse ouvertement.
Quand on connaît les paroles du Messager, qu'on y croit, qu'on comprend ses commandements et qu'on les met en pratique, cette connaissance renforce la foi d'une manière inédite, même si l'on possédait déjà la foi et qu'on la professait en principe. De même, celui qui connaît les noms d'Allah et leur signification , et qui y croit, possède une foi plus parfaite que celui qui ne les connaît pas en détail, qui ne les connaît que de manière générale ou qui n'en connaît que quelques-uns. Plus on comprend les noms, les attributs et les signes d'Allah , plus notre foi est parfaite.

Variations dans l'intensité et la certitude de la connaissance et de la foi
Troisièmement, l'intensité et la certitude de la connaissance et de la foi peuvent varier considérablement. Certaines personnes possèdent une foi plus forte et plus ancrée, et sont moins en proie au doute que d'autres. Cette variation est un phénomène que chaque individu peut expérimenter en lui-même. Par exemple, tout le monde voit la lune, pourtant certains la perçoivent plus vivement que d'autres. Il en va de même pour les autres sens comme l'ouïe, l'odorat et le goût, ainsi que pour les processus internes comme la connaissance et la croyance. Ces dernières, vécues au plus profond du cœur, présentent souvent une plus grande variabilité que les sensations physiques. La compréhension des noms d'Allah et de Ses paroles illustre cette disparité, révélant souvent une divergence plus marquée que tout autre aspect de la croyance.
L'impact de la foi et de la connaissance exploitables sur la force spirituelle
Quatrièmement, la foi qui pousse le cœur à agir est plus parfaite que celle qui ne le fait pas, et la connaissance qui guide nos actions est plus parfaite que celle qui ne les guide pas. Entre deux individus, celui qui croit en Allah , en Son Messager, au Paradis et à l'Enfer, et dont la foi engendre en lui l'amour d'Allah et la crainte de Lui, ainsi que le désir du Paradis et l'aversion de l'Enfer, aura une foi plus forte que celle de celui qui en est dépourvu. Plus l'effet est puissant, plus la cause qui l'a produit est forte. Tous ces facteurs sont le fruit de la connaissance. Quand on sait qu'une chose est désirable, on s'efforce de l'obtenir ; quand on sait qu'elle est dangereuse, on l'évite. Si l'effet escompté ne se manifeste pas, cela indique généralement que la cause était faible. C'est pourquoi le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) a dit : « Celui qui entend n'est pas comme celui qui voit. »
Niveaux de foi : influence de la force des arguments et de la conviction
Cinquièmement, la force de la foi peut varier selon les facteurs qui la stimulent. Par exemple, la foi née d'arguments convaincants qui engendrent une croyance ferme et dissipent le doute diffère de celle qui découle d'arguments dénués de conviction. Si les arguments permettent d'acquérir des connaissances essentielles, la foi qu'ils suscitent sera différente de celle générée par des arguments incertains qui nécessitent des éclaircissements et une réflexion plus approfondis. Il est évident qu'une thèse établie par une multitude d'arguments solides , dont la contre-thèse est discréditée et les contre-arguments réfutés, est différente d'une thèse soutenue par un seul argument, non défendu contre diverses objections. De toute évidence, plus les arguments soutenant une idée sont nombreux et puissants, et moins les contre-arguments sont nombreux et faibles, plus l'idée est solide et vraie.
La fluctuation de la foi basée sur des actions sincères
Sixièmement, la foi (iman) croît ou décroît en fonction des actes du cœur. Tout musulman sait par expérience que les gens diffèrent dans leur amour pour Allah et Son Prophète, dans leur crainte, leur confiance et la sincérité de leur dévotion envers Lui, dans la pureté de leur cœur exempte de vanité, d'orgueil et de prétention, dans l'amour et la compassion qu'ils éprouvent pour autrui, et dans bien d'autres vertus semblables. Al-Bukhara et Muslim rapportent tous deux que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Celui qui possède trois choses en lui connaît la joie de la foi : aimer Allah et le Prophète plus que quiconque, n'aimer personne d'autre que pour l'amour d'Allah , et détester retourner à l'incroyance après qu'Allah l'en a tiré, autant qu'il déteste être jeté au feu. » Allah a dit : « Dis : Si vos pères, vos fils, vos frères, vos épouses, vos proches, les biens que vous avez acquis, le commerce dont vous craignez le déclin, les demeures qui vous plaisent vous sont plus chers qu'Allah, Son Messager ou le combat pour Sa cause, alors attendez qu'Allah accomplisse Son jugement. Allah ne guide pas les rebelles » (9:24). Le Prophète a dit : « Par Allah, craignez Allah plus que quiconque et soyez les mieux placés pour connaître les limites qu'Il a fixées. » Il a dit un jour : « Vous n'aurez pas la vraie foi tant que je ne vous serai pas plus cher que vos enfants, vos parents et le reste de l'humanité. » À ces mots, Umar dit : « Ô Prophète d'Allah, tu m'es plus cher que tout, excepté moi-même. » Le Prophète répondit : « Non, Umar, pas avant que je ne te sois plus cher que toi-même. » `Umar dit alors : « Maintenant, oui, tu m’es plus cher que moi-même. » Le Prophète dit alors : « Maintenant, `Umar (tu as la vraie foi).

Tous ces hadiths figurent dans les recueils authentiques (Sahih), et il en existe bien d'autres. Ceci se retrouve dans le Coran, qui déclare : « Ceux qui croient débordent d'amour pour Allah » ( Sourate Al-Baqarah : 165). Chacun peut s'identifier à cela, car il est courant d'éprouver, à des moments et des moments, des sentiments d'amour et de crainte plus ou moins intenses envers une même chose. C'est pourquoi ceux qui ont une profonde compréhension d'Allah affirment souvent que la foi et l'amour peuvent croître et décroître, car cette fluctuation est une expérience personnelle. Cette notion est également exprimée dans le verset suivant : « On leur dit (aux musulmans) : « Une grande armée se rassemble contre vous, craignez-la donc ! » Mais cela ne fit qu'accroître leur foi ; et ils dirent : « Allah nous suffit, et Il est le Meilleur Protecteur » » ( Sourate Al-Imran : 170). Ici, la nouvelle alarmante n'a pas semé la panique ; au contraire, elle a renforcé leur foi. Ce phénomène est corroboré par de nombreux hadiths du Prophète , dont un qui déclare : « Les croyants les plus parfaits dans leur foi sont ceux qui sont les plus vertueux.
Souvenir, action et renforcement de la foi
Septièmement, ceux qui invoquent fréquemment Allah et se conforment à Ses commandements ont une foi plus parfaite que ceux qui, bien que croyants, oublient souvent ces enseignements. L'oubli est incompatible avec une connaissance et une conviction profondes. C'est pourquoi un compagnon du Prophète, Amr Ibn Iabib, a dit : « Lorsque nous nous souvenons d'Allah, que nous Le louons ou Le glorifions, notre foi grandit ; mais lorsque nous négligeons de nous souvenir de Lui, que nous L'oublions ou que nous oublions Ses commandements, notre foi diminue. » Ce sentiment est toujours vrai. Mu'adh Ibn Jabal exhortait ses compagnons : « Asseyons-nous ensemble un moment et renforçons notre foi (nu'min). »
Il est écrit dans le Coran : « N’obéissez pas à celui dont Nous avons rendu le cœur indifférent à Notre rappel, celui qui suit ses propres passions » ( Sourate Al-Kahf : 28) ; « Enseigne le message ; car l’enseignement profite aux croyants » ( Sourate Adh-Dhariyat : 55) ; et « L’avertissement sera reçu par ceux qui craignent Allah, mais il sera évité par les plus malheureux » ( Sourate Al-A’la : 10-11).
Chaque fois que vous vous remémorez des connaissances antérieures et les mettez en pratique, vous accédez à de nouvelles perspectives que vous n'aviez pas saisies auparavant, ce qui vous permet de mieux comprendre le nom et les signes d'Allah . Ce concept est également corroboré par la tradition : « Quiconque agit selon ce qu'il sait, Allah lui accorde la connaissance de ce qu'il ne sait pas. » Chaque croyant peut faire l'expérience personnelle de cette vérité.

L'évolution de la croyance : reconnaissance et engagement dans la foi
Huitièmement, il arrive que des personnes nient ou rejettent certaines choses par ignorance de la véracité des propos ou des ordres du Prophète. Si elles en avaient connaissance, elles ne les auraient niées ni rejetées. Au fond d'elles-mêmes, elles savent que le Prophète ne dit que la vérité et n'émet aucun commandement erroné. Cependant, après avoir entendu un verset ou un hadith , médité sur son sens, reçu une explication ou par tout autre moyen, elles finissent par croire ce qu'elles avaient auparavant nié ou accepter ce qu'elles avaient initialement rejeté. Cela engendre une nouvelle reconnaissance et un nouvel engagement, renforçant ainsi leur foi. De toute évidence, elles n'étaient pas mécréantes auparavant ; elles étaient simplement ignorantes.
Référence - [Fatawa d'Ibn Taymiyyah 7: 232-237, 562-568]





